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Ses mains ridées tremblent
à la lumière du crépuscule
qui perce la fenêtre;
ses doigts, lassés de filer,
font danser la vieille quenouille
-mille et une fois-
scandant le compas du silence
qui se perd dans le temps.
Ses yeux -pensifs-
reflètent le mystère du vécu.
Sa bouche mâche les paroles
que dans sa jeunesse on lui a interdites.
Il est déjà tard pour jurer...
Fatiguée de balbutier l’incompréhensible
elle se tait;
seules ses mains parlent.





Mains qui empoignaient le mancheron
pour enfoncer le soc
dans les entrailles de son amante,
la terre;
terre qui se laissait faire
sentant le flux de la sueur qui la préparait aux semailles
pour que les mains puissent la pénétrer
- la posséder -
dispersant à la volée
la semence en elle.
Mains, sueur, terre,
triangle d’un amour
forgé dans la souffrance de la subsistance.
De l’orgasme de ces trois amants dans le billonnage
naissait la moisson,
or noir de la steppe castillane,
fleuve de larmes
dont le delta était l’aire.
Là rompaient,
se séparaient les amoureux
par consentement mutuel
- non sans douleur -
jusqu’à l’arrivée des nouvelles semailles.








Ferraille noire
-rouilée dans un dépotoir-;
ainsi sont tes os qui vécurent,
racines des chrysanthèmes que tu semas.
Bras tordus, fatigués de travailler,
telle est l’image
que gardent ceux qui te connurent;
âme de la terre que tu as labourée
est le vent qui passe
sans laisser trace de ta vie.
Seule demeure la sueur
-couleur de rouille-
du pénible labeur de chaque jour.






Oh, champ de ma terre!
- sanglot aride de Castille -,
triste tu es resté
la charrue à l’abandon,
celle qui incisait et vivifiait ton sol chaque année;
triste la charrue
qui déjà ne sent plus sur son mancheron la main amoureuse
de celui qui, à la sueur de ses entrailles,
arrosait et régénérait ta terre;
triste ta terre
- mère en ménopause -
qui déjà n’accueille plus le soc en sa matrice
depuis que le laboureur cessa de faire l’amour avec elle.

Là-bas,
les enfants naissaient avec un visage d’outil agricole,
brisant avec violence la matrice génitrice,
frappant sur l’enclume de la vie,
blessant telles des charrues les entrailles de l’aurore
qu’à peine ils connaissaient.
Avant de voir le jour
ils reniflaient déjà le fumier des vaches,
sentaient le joug qui les attendait,
se nourrissaient de la terre que leur mère mangeait,
pressentaient la mort qui les guettait
avant de goûter les plaisirs de la vie.
Les enfants naissaient pour lutter dans une guerre
qu’ils avaient perdue d’avance.






Je les vois au loin s’échiner contre la terre,
la démarche traînante,
presque immobile,
hiératique comme le vieux chêne-liège...
L’homme et la nature se fondent l’un dans l'autre,
s'embrassent dans un geste d’amour fécondant...
Le soc, verge tranchante,
pénètre la terre,
prélude à la procréation d’un moisson nouvelle...


Tout est chimère:
je les vois là-bas comme des somnambules...
errance qui s’achève chaque jour,
dans le souhait de bonne nuit.
Ils se mettent au lit et jouent à mourir dans le sommeil...
Ils ressuscitent avec le jour
et s’en vont lutter pour vivre
et meurent, peu à peu, dans la torpeur
où les enfonce le champ.






La tristesse a couleur d’hiver...
Le feu de la maison
de mon sombre village
ne suffit pas à réchauffer l’âme;
l’âme de l’âtre
cesse d’être une braise incandescente
dans le feu de la maison;
les mains qui le tenaient
se sont consumées en attisant la flamme
de l’amour qui les unissait.





Derrière ces barreaux
- prison pendant une grande partie de ta vie -
pour toujours tu fermas les yeux.
Ton voyage jusqu'au sommet dura cinq jours,
cinq jours de solitude face à la mort,
qui t’attendait comme un oiseau charognard
sûr de sa proie;
et même si la compagnie des tiens ne te manqua point
celle que tu souhaitais le plus t'avait abandonnée:
celle du Dieu que tu avais aimé par-dessus tout,
celui qui te refusa la paix durant ta longue agonie.
Pourquoi souffrais-tu? - nous demandions-nous tous -
"Les voies de Dieu sont impénétrables" - nous disais-tu -.
Oui, aussi incompréhensibles que la mort,
que ta vie,
aussi inexplicables que la foi même.







Tombe aux secrets amers,
miroir d’une âme lointaine,
source d’images fanées...
je reviens à toi
avec l’espoir
de trouver la paix,
de boire l’eau
qui étanche la soif de solitude
en cette nuit de désespoir.
Mets en terre les souvenirs,
l’écho des voix qui trompent,
ouvre ton ventre,
accueille la souffrance
de la liberté meurtrière.








Je l’observe encore remonter
la pente de La Ruelle
lorsqu’il revient de l’atelier,
et je le vois encore entrer à midi
- à contre-jour -
sous le linteau de la porte du vestibule;
c'est une ombre qui chaque jour dit en arrivant :
"Ma vieille, le repas!"

Fatigué,
avec son pantalon raccommodé,
avec sa veste râpée -mais propre-
et avec son visage de tristesse, on dirait
qu'il porte sur ses épaules
toute la faim et la pauvreté
que maudit le monde.

Lui, c'était mon père :
une ombre déambulant dans la vie,
le squelette d'une ombre famélique
- image de Sisyphe -
qui naissait et mourait chaque jour
chargé de la pierre de l’indigence.






Avec des gribouillages dans le ciel
tu continues à écrire les énigmes de cette terre :
la grandeur des temps passés,
sa pauvreté actuelle,
sa mystique légende.
Lorsque je marche sur le chemin
et que je te vois majestueuse scruter l’horizon,
juchée sur le campanile des ruines de l'église,
je me demande ce que tu penses de l’histoire de ces lieux.
Tu suivis l’allure toute-puissante des nobles
et la marche tête basse de leurs serviteurs,
tu écoutas le chant grégorien des moines
et tu apprécias la foi du charbonnier chez les fidèles,
tu vis l’orgueil de l’éleveur de taureaux à cheval
et aujourd’hui tu contemples ses valets travaillant pour survivre


- comme ils me disent
lorsque je m’égare dans ces parages désolés -.
De ta tour de guet en pierres médiévales
tu fais tien le temps;
les contradictions qui l’accompagnent
tu les laisses pour ceux qui passent
- pour nous, les mortels -.






Noire elle n’est pas par manque de lumière...
mais c'est la fumée des quatre tisons
avec lesquels chaque jour notre mère a cuit le pot-au-feu;
c'est la sueur brûlée de notre père,
sève de son travail pendant les quatre saisons
qui se réduisent au froid rigoureux de l’hiver;
c'est le manque d’espérance
qui, pareil à la chaleur du feu,
se dissipe dans la cheminée
emportant avec lui les désirs...
Les hirondelles, chaque année, y font leur nid,
et ne savent rien...
elles viennent de loin au printemps et s’en vont en été,
et nous laissent en automne le vide de leur présence
quand - au noir de notre pauvreté -
nous rêvons en termes de liberté.






Aujourd'hui j'ai rêvé de toi

Debout, immobile,
dans une gare sans nom,
à une heure imprécise,
dans un paysage sans horizons...
tu m’attendais;


sans faux et sans squelette,
sans cape noire, sans longues griffes,
avec ton regard aguichant de princesse
et la sorcellerie en ton visage...
tu m’attendais;
avec tes lèvres sensuelles d’amoureuse,
avec une envie au pouvoir irrésistible,
comme une hyène assurée de sa proie...
tu m’attendais;
ouvrant les bras pour aimer,
ensorcelant l’air pour me confondre,
profitant de mon esprit fatigué,
m'enveloppant de ton ombre
-projection de ma vie-
tu t’es approchée et m’as demandé:
Que fais-tu?
T’attendre
, -ai-je répondu-.
Dans une gare sans nom...
à une heure imprécise...
en silence tous deux,
dans un paysage sans horizons...
nous sommes montés dans le train
qui nous mena vers l’infini.


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