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Gwénaël Amy, dessinateur, graveur, peintre et poète, articule son travail autour de la communion embarrassante d'être au monde (Deleuze).

Ses œuvres, empruntes d'un lyrisme puissant, semblent être tout droit issues de l'expérience intérieure commune à chacun. On y perçoit un mélange de pensées, de violences et d'érotisme, — de peurs et de malaises, de beautés et de rêves, et il est souvent question du corps en souffrance mais aussi, parfois, d'idioties. Car en effet, si les sujets sont souvent chargés d'une certaine gravité (on y voit des gisants, des morts, des doubles inquiétants), il n'en reste pas moins qu'il existe un plaisir véritable à regarder les tableaux de G. A, ses gravures et dessins. Ainsi — la souplesse du trait et la sensualité de ses couleurs confèrent à son travail comme un paradoxe de principe, où le gisant supposé nous apparaît être une vision agréable, quelque chose d'inoffensif, voire de ridicule… et l'on s'approcherait presque de la satire si l'on ne se posait pas la question de cette cohabitation contradictoire.

Comment expliquer le décalage entre le soin donné aux titres, souvent emplis de noirceur, et le plaisir éprouvé dans ces couleurs, ces rondeurs et ces vides ? Ne s'agirait-il là que d'embellir ce qui est laid ? Rendre supportable un sentiment qui ne l'est pas ? Non, bien entendu, puisque la dimension est autre, et elle s'explique principalement par la notion de multiple : G A multiplie les essais, inlassablement, et c'est au travers de ces innombrables recommencements, souvent jetés sur papier, que l'on comprend que le travail d'Amy revêt une dimension existentielle. Son approche du réel apparaît difficile, impossible à capter, et le réel — inadmissible, révoltant. Réalité qu'il lui faut se réapproprier à chaque instant pour l'éprouver de nouveau.

D'où — cette densité dans le dessin, cette énergie déployée pour quelques traits seulement, comme l'affirmation de sa résistance pour tenter de conserver les liens qu'entretiennent le penser/sentir/agir… Car au fond il s'agit bien, sous les multiples turbulences intérieures de ses dessins, les beautés inquiétantes de ses gravures, sous le regard porté sur les marginaux dans ses écrits, les relents spontanés hérités du mouvement Cobra et l'affection pour l'improvisation issue du jazz, de trouver un terrain d'entente propre à rassembler ce qui, au départ, ne pourrait l'être… Tout ce qui nous sépare des autres et de nous-mêmes devrait pouvoir être réuni autour de l'Art, et l'artiste aurait pour tâche de créer ce qui sera susceptible de faire dialoguer, en cherchant, peut-être, le lieu et la formule chers à Rimbaud, une initiation pouvant nous arracher à l'irremplaçable solitude de chacun. Et s'il s'agit bien de l'être et de son devenir, cela explique aussi pourquoi la principale source de Gwénaël Amy lui vient de la poésie, des poètes : Char, Rimbaud, Michaux, Daumal, Artaud, Bonnefoy etc. Autant de noms qui constituent le terreau de son travail, car la poésie s'est toujours et à travers les âges, attachée à la dimension du vivant.

C'est de ce vivant dont il est question chez G. Amy. Question on ne peut plus contemporaine dans une civilisation qui, depuis peu, semble se construire en rapport à sa propre mort annoncée. On comprendra dès lors les apparentes contradictions d'Amy et ces paradoxes inhérents à sa pratique, ces courbes contrariées de leurs contrecourbes, ces couleurs complémentaires en contraste, cette sensualité dans la gravité… puisque cet artiste cherche à embrasser toute la vie dans sa complexité.

En savoir plus:Gwénaël Amy Porte-folio...
 


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